Vous m’aimiez. Je ne suis pas assez vain pour croire que vous m’aimiez d’amour; je me demande encore comment vous avez pu, je ne dis pas vous éprendre de moi, mais m’adopter ainsi. Chacun de nous sais peu de chose sur l’amour, tel que l’entendent les autres; l’amour, pour vous, n’était peut être qu’une bonté passionnée. Ou bien, je vous ai plu. Je vous ai plu justement par ces qualités qui croisent trop souvent à l’ombre de nos défauts les plus graves: la faiblesse, l’indécision, la subtilité. Surtout vous m’avez plaint. J’avais été assez imprudent pour vous inspirer pitié; parce que vous aviez été bonne pendants quelques semaines, vous avez trouvé naturel de l’être toute la vie: vous avez cru qu’il suffisait d’être parfaite pour être heureuse; j’ai cru suffisant, pour être heureux, de n’être plus coupable.

Marguerite Yourcenar, Alexis

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